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Dentelle une histoire

La dentelle : un art toujours actuel

Les consommatrices, qui renouent avec le plaisir des belles choses, n'hésitent pas à investir dans de la dentelle


La dentelle symbolise la délicatesse et la préciosité. La mode se veut de plus en plus technique et les fabricants utilisent de plus en plus souvent des matières techniques dans la confection des vêtements

 

Un peu d'histoire

 

Née entre les doigts agiles des femmes, la dentelle est aujourd'hui passée aux mains d'hommes d'affaires

 

La dentelle à la main est née aux environs de 1530, en Europe, en Italie. Les aristocrates vénitiennes s'inspirent des motifs architecturaux du gothique fleuri pour ciseler une dentelle raffinée exportée dans le monde entier. La demande est forte et elles sous-traitent leurs commandes aux femmes de marins de Burano habituées à repriser les filets de pêche de leurs maris. La dernière entreprise vénitienne fermera en 1988.

 

C'est Colbert qui créé en 1665 les manufactures royales de dentelle dans sept villes de France et notamment à Alençon, seule ville qui perpétue cet art sans interruption depuis le XVIIe siècle. Il souhaite concurrencer la dentelle de Venise et fait venir les vénitiennes en France pour former des dentellières. Les Alençonnaises créent le point d'Alençon et surpassent leurs aînés. Grâce au savoir-faire de Madame de la Perrière, cette dentelle, imitant le point de Venise, atteint un tel perfectionnement technique et un rendu si délicat qu'elle obtient un succès immédiat à Versailles et dans les cours d'Europe. A son apogée, dans le courant du XVIIIe siècle, l'industrie dentellière est organisée par près de 80 fabricants et emploie 8 à 10.000 ouvrières.

 

La grande aventure de la dentelle mécanique ne commencera qu'en 1768, en Angleterre, lorsqu'un fabricant de bas tentera de faire de la dentelle. En 1809, un autre fabricant invente un métier à tulle qui sera perfectionné un peu plus tard. Les premiers métiers mécaniques seront introduits en France au début des années 1820. La dentelle de Calais naîtra en 1830. C'est une technique de tissage, chaîne et trame, dont la spécificité repose sur le nombre de barres insérées dans un métier. A cette même époque, le mécanicien Français Joseph-Marie invente un métier à tisser qui obéit à des cartes perforées. Avec, en 1840, l'introduction de la machine à vapeur, débutent les améliorations techniques qui renforceront la qualité de la production. En France, l'activité dentellière devient réputée à cette époque.

 

Dès avant la Révolution, les caprices de la mode, la concurrence d'autres dentelles et les événements politiques entament le succès du point d'Alençon. On ne compte plus que 15.000 ouvrières en 1880 qui maintiennent sa célébrité au fil des expositions universelles et dans les exportations de produits de luxe vers les Etats-Unis et vers la Russie.

 

Le point d'Alençon

 

Point de Venise, dentelle des Flandres, du Puy, de Chantilly ou encore d'Alençon, d'un pays et d'une région à l'autre, ses techniques de fabrication diffèrent à la manière de ses milliers de fils qui peuvent se croiser et se nouer d'autant de manières différentes.

 

Aujourd'hui, l'Atelier national du point d'Alençon perpétue la technique de la dentelle à l'aiguille qui se poursuit sans rupture depuis le XVIIe siècle. Il faut 10 ans pour former une dentellière et 20 heures de travail pour réaliser un centimètre carré de dentelle. Depuis le XVIIe siècle, la dentelle à l'aiguille est fabriquée selon une organisation particulière impliquant une division et une spécialisation du travail.

 

Le dessin, le piquage, la trace sont les 3 étapes préparatoires avant l'exécution du fond: le réseau ou 4e étape. Le décor est réalisé selon différents points de remplis puis de modes variés. La broderie va donner le relief à ce décor, elle correspond à la dernière étape d'exécution de la dentelle. Les étapes suivantes: l'enlevage, l'aboutage et le régalage vont permettre de détacher la dentelle du support provisoire en parchemin.

 

Une matière mystérieuse et élégante

 

Atout de séduction, la dentelle a su jouer de ses pleins et déliés pour piéger l'attention des hommes dans les arabesques de ses filets.

 

Avec ses jeux de clair obscur, soulignant, valorisant, et dévoilant le corps sans jamais le montrer, la dentelle fait partie de ces rares étoffes qui deviennent écrin dès qu'un soupçon de peau se glisse sous leurs armures arachnéennes.

 

La dentelle de Calais

 

Confrontés à la concurrence asiatique, pénalisés par la parité euro-dollar, les dentelliers de Calais sont contraints de se réorganiser, voire de licencier mais ils estiment avoir des atouts sur le marché de la lingerie, comme l'innovation et la réactivité.

 

Moteur de l'activité locale du début du XIXe siècle à 1930, la dentelle de Calais employait 7.000 personnes dans les années 1950. Elle comptait 1.800 salariés en 2003, mais ne devrait plus en employer que 1.500 fin 2004, selon Jean Malraux, président du groupe Calais-Dentelles qui réunit les industriels du secteur.

 

Leader mondial de la dentelle de Calais, label de qualité qui concerne uniquement les dentelles tissées sur les métiers Leavers, Noyon a annoncé un plan social concernant 70 postes tandis que Desseilles Textiles a licencié 7 personnes. Brunet International a décidé d'arrêter sa ligne de production Leavers, entraînant 38 licenciements. Arrêt symbolique, car la Leavers est considérée comme la fine-fleur de la dentelle en raison de sa finesse. "Il y avait une surcapacité de production énorme à Calais", explique Pascal Pélerin, directeur des ventes France. Brunet entend continuer à présenter des collections Leavers, en sous-traitant sa production car il estime que cette dentelle est un "élément différenciateur par rapport à la concurrence asiatique".

L'Asie représente une sérieuse menace. D'après M. Malraux, directeur de Desseilles, elle commence à proposer des produits de bonne qualité, en dentelle tricotée, à des prix très inférieurs aux Calaisiens. Un atout sur un marché où "les consommatrices font du zapping" et privilégient "la diversité", selon M. Malraux. Pour bénéficier de meilleurs coûts ou se rapprocher de leurs clients, des
fabricants de lingerie, dont beaucoup ont déjà délocalisé, mais aussi d'un gigantesque marché, certains dentelliers s'implantent en Asie. Noyon investit au Sri Lanka, Desseilles et Brunet possèdent une usine en Thaïlande. "Si on est encore vivants, c'est grâce à cela", assure M. Pélerin, qui "craint" une accentuation de la concurrence avec l'abolition des quotas textile le 1er janvier 2005.
 

La dentelle calaisienne réalise 70% de son chiffre d'affaires à l'export et pâtit de la hausse de l'euro par rapport au dollar. "Depuis deux ans et demi, nous avons perdu 40% de compétitivité", déplore M. Malraux. Pour les Calaisiens, il n'est pourtant pas question de jouer sur le même terrain que les Asiatiques. "Nous ne nous battrons jamais pour vendre de la dentelle au kilo", affirme Xavier Harismendy de chez Noyon. "Il y aura toujours un business à faire en misant sur la créativité", renchérit M. Pélerin. Selon M. Harismendy, les Calaisiens proposent des matières uniques, comme les fils phosphorescents, et offrent un service reconnu, notamment dans les délais de livraison. Bernard Playe de la CFDT craint pourtant qu'à terme la création reste à Calais et que "les grosses commandes partent ailleurs". Pour M. Malraux, la filière ne pourra survivre que si les charges à l'export sont réduites. Il demande son intégration dans un pôle de compétitivité.

 

Dentelle et tactel :  l'union libre

 

Plus de douceur, plus de tendresse... la femme moderne aspire à un bonheur tranquille qui met, entre parenthèses, le stress de la vie, et dans lequel la lingerie constitue un facteur essentiel du plaisir quotidien. Une attente bien comprise, car les fabricants ont su tirer les avantages d'une matière traditionnelle comme la dentelle, en l'alliant au Tactel, l'une des nouvelles matières présentes sur le marché. Par son aspect lumineux et satiné, son pouvoir couvrant, sa facilité de teinture, le Tactel vit une histoire d'amour avec la dentelle qui ne peut plus se passer de son extrême douceur. Le Tactel (fibre polyamide existant sous de multiples formes, touchers et performances) apporte et ajoute à la dentelle, outre ses qualités esthétiques, la solidité et la stabilité dimensionnelle de son origine polyamide. Ce qui explique que nombre de corsetiers utilisent cette alliance dans de nombreuses collections. Le Tactel multisoft, avec ses filaments fins, permet de rehausser le dessin en jouant avec les contrastes du mat et du brillant, tout en rendant le toucher extrêmement doux.

 

Solsticial fait dans la dentelle...

 

Il a fallu l'audace de quelques dentelliers calaisiens et caudrésiens, en 1825, pour braver l'embargo anglais sur l'importation des métiers à tisser Leavers. Inventé en Angleterre pour produire une imitation parfaite de la dentelle main, le métier Leavers a permis à Caudry de devenir le centre mondial de la dentelle mécanique de robe haut de gamme. 150 plus tard, en 1974, c'est le même esprit qui a participé à la création de Solstiss, par 4 fabricants de dentelle de Calais, les maisons Ledieu Beauvillain, Victor Machu, Robert Bellot et Edouard Beauvillain, basés à Caudry. Tisserands depuis plus d'un siècle, ils sont fournisseurs officiels des rêves de dentelles ajourées et brodées de l'éternel féminin, pour la haute couture et le prêt-à-porter de luxe…
 

La longue tradition de la fabrication de la dentelle, a du faire face à une crise, en 1965, le jour où le style Courrèges -les tissus unis- s'est imposé dans la mode... Pendant dix ans, la dentelle a été exclue des collections hautes couture, diminuant progressivement le nombre de familles de dentelliers. Des 45 fabricants basés à Caudry après la guerre, il n'en restera plus qu'une vingtaine, regroupés dans un "Club des Dentelliers" et plus que jamais déterminés à réintroduire la dentelle dans les collections de la mode parisienne.

 

Solstiss est né en 1974 de cette volonté commune, une démarche particulièrement innovante dans un secteur d'activité de tradition individualiste. Ce fabricant s'est spécialisé sur une niche très porteuse, le prêt-à-porter haut de gamme, dont il est aujourd'hui le leader avec près de 30% du marché mondial. Le prêt-à-porter de luxe apparaît en 1974. "Versace, Chantal Thomass... sont nées il y a une trentaine d'années", explique Hervé Prottais, le directeur commercial. Ses clients sont pour un tiers des marchands de tissus, principalement dans les pays en voie de développement et pour deux tiers la confection, qui regroupe la haute couture et le prêt-à-porter de luxe. "Pour nous, la haute couture c'est du prestige, de l'image", déclare M. Prottais, mais elle représente peu en terme de production et de chiffre d'affaires. Dans le prêt-à-porter, qui constitue son grand marché, Solstiss compte parmi ses clients Chanel, Dior, Lanvin, Chloé, Dona Karam, Calvin Klein ou Yamamoto, mais aussi des fabricants de chaussures, de parapluies et de chapeaux.
 

"Notre dentelle a une image française très forte, un peu comme le champagne (...) Nous essayons d'être les Dom Pérignon de la dentelle", explique M. Prottais, en évoquant le faible impact de la concurrence asiatique sur les ventes. Les produits dans lesquels est intégrée sa dentelle sont ainsi vendus au minimum 500 euros.